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De l’autorité de la famille à l’autorité de la langue – Philippe Lacadée

La famille, on le sait depuis Freud, est le lieu « d’un drame psychique » [1] dans lequel « les développements aussi importants pour l’homme que ceux de la répression sexuelle et du sexe psychique » ne s’ordonnent pas sans le lien d’un discours établi par la voie naturelle du signifiant. Ainsi, de prendre la parole dans ce discours établi, le sujet reçoit une forme de régulation du vivant qui agite son être, ce que Lacan nommait le parlêtre. La jouissance du vivant, venue faire effraction dans le corps ou la pensée de l’enfant, y est accueillie « par les modes d’organisation de cette autorité familiale, les lois de la transmission, les concepts de la descendance et de la parenté qui lui sont joints » [2]. La famille est donc ce lieu où s’établit entre les générations « une continuité psychique dont la causalité est d’ordre mental » [3].

 

Une autorité contractée

Autrefois, lorsque la famille s’appuyait sur le droit de lignage, la transmission des biens et la sauvegarde du patrimoine, l’autorité en découlait : le sujet connaissait son appartenance et s’y référait. Aujourd’hui, cette autorité familiale s’est morcelée au point d’être parfois en infraction vis-à-vis de l’Autre de la loi sur laquelle se fondait cette transmission : le cercle de famille de Victor Hugo qui « lorsque l’enfant paraît applaudit à grands cris », s’est de plus en plus réduit, ce qui, selon Lévi-Strauss, le met en position d’être à la fois la condition et la négation de la société. En 1938, Lacan démontre comment, au sein de la famille moderne dite conjugale [4], la question de l’autorité n’est plus supportée que par la seule « imago paternelle » [5], qui, elle-même en déclin social, amène le sujet vers une « subversion créatrice » [6] Il précise alors « qu’il n’est pas de ceux qui s’affligent d’un prétendu relâchement du lien familial » [7], et ouvre la voie de la prudence clinique et éthique par rapport à tous ces maîtres aveugles qui veulent, au nom de la Loi, rétablir l’autorité du père ou de la famille en méconnaissant la portée subjective de cette subversion créatrice.

Selon lui, un tel déclin est conditionné par « le retour sur l’individu d’effets extrêmes du progrès social » [8], et la question de l’autorité reste à examiner à la hauteur de ce qui, pour chaque sujet, cause « une souffrance moderne » dans ce qu’on peut appeler le lien soucial

 

Le petit Hans ou l’autorité du symptôme

Déjà Freud, avec le cas du Petit Hans, avait fait valoir la magistrale ressource de l’enfant qui, via la création d’un symptôme phobique, avait trouvé à suppléer, non pas la carence symbolique de l’entourage, mais la carence de l’entourage symbolique. C’est la carence de structure du signifiant à pouvoir tout dire pour le sujet, ce qui fait son être de jouissance, qui caractérise l’entrée du parlêtre dans le langage lequel, en retour, l’humanise. De cette rencontre avec l’impossible à dire, avec ce trou dans la langue pour ce qui concerne son être, son sexe et son existence, le sujet se trouve en mal de traduction, d’où s’origine un point d’angoisse. Le névrosé s’oriente alors vers un père supposé lui, en savoir un bout, et surtout savoir le démontrer. Mais le petit Hans montre que l’insuffisance du père ne pose pas tant la question de l’autorité que celle de l’angoisse et de son traitement, d’où son recours à la subversion créatrice, par la voie du symptôme. Freud indique alors l’importance pour lui de prendre le parti de la mère, ce que Lacan, formule en une question : Que veut une femme ? C’est à partir de cette question que s’ouvre une nouvelle perspective attachée à la façon dont l’enfant, comme objet, y répond afin d’y trouver sa formule singulière.

Ce n’est pas le pari fait par Hans qui, s’estimant soutenu par Freud, n’aura de cesse d’exiger de son père qu’il en soit un : un père qui donne de la voix, qui sache se mettre en colère, qui soit jaloux et autoritaire. En cela, Hans suit le modèle de père dans lequel Freud voyait la solution névrotique de la phobie. Au moment où Hans rencontre Freud, il lui suppose de tirer son savoir d’un dialogue avec celui qui, pour lui, fait autorité. Pour cet enfant, l’autorité est digne de l’autorité scolastique, théologique ou théocratique, c’est l’autorité primaire et absolue, celle de Dieu. Les autres, celle de son père et celle de Freud, n’en sont que des reliquats. Toutefois Hans semble aussi prêter à Freud la version aristotélicienne de l’autorité : Aristote justifiait, en effet, l’autorité par la sagesse, le savoir. En accordant tout son crédit à cette fonction, ce que fera valoir Lacan, celle d’un sujet supposé savoir, Hans sans le savoir, fonde le lieu de ce qui deviendra l’autorité authentique d’un savoir supposé pour ce que dit un sujet à son insu.

 

La subversion créatrice d’un mythe

Le mythe d’Œdipe est, sur le versant de la subversion créatrice, un supposé savoir, déposé depuis la tragédie grecque dans la langue commune et dont se sert Freud pour expliquer le véritable lieu « du drame psychique » inconscient, sur ce qui est soudain venu faire trou dans la question de l’autorité de l’imago paternelle. La subversion créatrice vient ainsi sauver le père, et donc le fils, du trou dans lequel ils risquaient de sombrer. Elle permet que s’ouvre une autre scène sur laquelle le fils pourra adresser un appel à ce qui en lui fait autorité : « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ainsi le sujet met en place une scène fictive à la hauteur de ce qui peut le sauver de la place laissée vide – « le rond brûlé dans la brousse des pulsions » [9], la place de l’indicible – qu’aucun père, en dépit de l’appel que le sujet lui adresse, ne pourra jamais effacer de son nom : « Père ne vois-tu pas que je brûle ? » Nous y lisons le point d’origine de la provocation langagière de certains jeunes d’aujourd’hui : provocare y fait fonction d’appel au-dehors de ce qui brûle en chacun d’eux, d’où le surgissement dans le réel de l’insulte.

 

L’autorité à l’horizon de la castration

Dans Malaise dans la civilisation, Freud démontre avec l’apparition du surmoi qu’il serait vain de parier sur un rétablissement des idéaux du père, et qu’il y a plutôt à s’orienter du symptôme et de la castration inhérente à l’emprise de la culture sur le vivant qui produit le parlêtre. Le surmoi, qui, dès lors, fait autorité nouvelle pour un sujet, n’a rien à voir avec la personnalité du père ou avec sa sévérité, elle est structurale, non pas effet de la civilisation mais plutôt malaise ou symptôme de la civilisation [10]. Le surmoi permet de considérer « l’intention et l’exécution comme équivalentes » [11]. L’enfant a alors recours à cette autorité intangible, qu’il prend ou instaure en lui. Le moi de l’enfant devant s’accommoder du triste rôle de l’autorité du père ainsi dégradée, Freud démontre que la rigueur originelle du surmoi n’est que la propre agressivité du sujet qui se retourne contre lui. Le danger ne surgissant que lorsque cette autorité découvre la chose en jeu, qui rend coupable, peu importe qu’on ait commis le mal ou pas, seule ici compte l’intention.

 

La marque du père réel dans sa particularité

Quel chemin, au travers des différentes fonctions du père, a conduit Lacan à étudier la marque du père réel dans sa particularité ? Cette marque, Lacan l’a située le plus souvent du côté des péchés du père, de ses passions, de sa faute, en donnant une fonction prévalente non plus au signifiant du Nom-du-Père mais à sa présence, c’est-à-dire à son désir et à sa jouissance, à sa cause sexuelle en tant que cette jouissance se noue ou pas aux signifiants du désir. Il peut être celui qui, de sa vie en acte, sait donner le semblant permettant à son enfant de savoir-y-faire avec la pulsion de mort, soit ce qu’il hérite de lui à consentir à entrer dans la logique du désir après avoir dit oui à l’épreuve de la castration.

Comment, à partir de là, examiner ce que le petit Hans a reçu comme marque ou ce qu’il est comme marque de l’échec de son père à s’imposer auprès de sa femme ? Lacan a franchi le semblant du Nom-du-Père pour essayer de fonder le respect et l’amour non plus sur un père idéal mais à partir de sa cause sexuelle, à partir de la cause de son désir, à partir de la façon dont lui-même s’est arrangé de la jouissance. Une position d’exception démontrant comme il se débouille de cette affaire de la vie. L’intervention du psychanalyste doit permettre de saisir ce qui détermine la biographie infantile et ce qui détermine la façon dont un sujet se constitue.

 

Ce qui détermine la biographie infantile

Lacan a indiqué que la constitution d’un sujet renvoie à l’irréductible d’une transmission, à un résidu que la famille conjugale met en valeur et sur lequel elle se fonde. C’est la famille qui permet d’instaurer un autre ordre que celui de la vie selon les satisfactions des besoins [12]. Cet ordre, c’est celui du désir. La constitution d’un sujet se fait en référence à un désir, en impliquant la « relation à un désir qui ne soit pas anonyme [13]. » Ce désir, impliqué dans la constitution subjective, ne doit pas être sans nom, sans marque. Nous avons à « juger », précisait Lacan, comment la fonction de la mère et la fonction du père se sont mises en place pour le sujet afin d’interroger la façon dont ce désir, chez le père et chez la mère, a déterminé la biographie infantile.

C’est ce qui nous incitera à explorer non seulement l’histoire mais le mode de présence sous lequel chacun des trois termes, le savoir, la jouissance et l’objet a, ont été effectivement offerts au sujet. [14] Voilà ce que Lacan appelle « seconde biographie première », en différenciant bien deux lieux : celui de l’histoire signifiante et celui du mode de présence. Il s’agit donc d’évoquer avec prudence la question du choix de la névrose, ce terme étant, selon Lacan, impropre car le choix s’est fait au niveau de ce qui s’est présenté au sujet en tant qu’il a, ou non, consenti à la névrose, comme issue humaine au manque de l’objet de jouissance une fois établi le discours lui permettant de savoir y faire avec la castration. C’est cela que la cure peut examiner, même rectifier : « Le choix était déjà fait au niveau de ce qui s’est présenté au sujet, mais n’est perceptible, repérable qu’en fonction des trois termes que nous venons ici de dégager, à savoir : le savoir, la jouissance et un certain objet a [15] » Comment le langage vient-il à se nouer à la jouissance ? Comment le corps vivant présent répond-il à la présence de ses parents ? Comment ceux-ci rendent-ils compte de leur présence ?

 

Les nouvelles configurations de la famille 

Les nouvelles configurations familiales montrent comment les rapports du savoir et de la jouissance, la dimension de la communauté ont évolué. Les adultes ont et auront toujours la responsabilité d’offrir à leurs enfants la façon dont eux-mêmes les ont reçus. Lacan parle d’adulte adultéré pour dire combien les relations dites interpersonnelles ont changé, allant jusqu’à parler plutôt de relations tensionnelles qui s’établissent à l’endroit du savoir, de la jouissance et de l’objet a :

Le savoir, c’est l’Autre comme lieu de la langue et donc comme lieu de l’inconscient. Ce sont les théories sexuelles infantiles à l’intérieur desquelles Freud installa le mythe d’Œdipe, la vérité du couple familial, le roman familial, le rapport du père à la mère. Le savoir, c’est une élucubration de savoir là où justement il y a un trou du fait qu’« il n’y a pas de rapport sexuel » mais un seul signifiant au regard de ce trou : le phallus. Le savoir, c’est là où le père est impliqué comme signifiant, « C’est impliquer dans le mot de père quelque chose qui est toujours en puissance en fait de création [16] ». Enfin, c’est aussi le lieu de la seconde métaphore paternelle, le lieu où le sujet rencontrera les signifiants de l’Autre de la langue susceptibles de prendre en charge le travail de nomination de la jouissance.

La jouissance est ce qui est en excès ou exclu du signifiant, jouissance auto-érotique qui dépasse le sujet. Par là-même, elle lui devient hétéro, voire étrangère, et laisse libre une zone pulsionnelle, comme l’a démontré Hans, qui n’en fait qu’à sa tête, véritable force motrice à partir de laquelle il interroge l’Autre. La jouissance toujours en excès est un lieu qui n’a pas comme tel de nom, le signifiant de ce qui n’a pas de nom étant S (A barré), le signifiant du grand Autre barré. Cette force transforme le sujet en chercheur pour récupérer dans le langage sa part de vivant perdue, cette part de son être qu’il perd dans la parole pour répondre de façon signifiante à ce qui le sollicite. Cette force, aussi, est celle qui fait appel à l’Autre, à la nomination de l’Autre, qui le somme de rendre compte de cette déchirure pulsionnelle, qui fait appel au père : Père ne vois-tu pas que je brûle ?

L’objet a est le véritable enjeu de l’affaire en tant qu’il représente le sujet dans le désir de l’Autre, comme dépendance des désirs de l’Autre, de sa mère, de son père... L’objet a, c’est l’être du sujet comme objet, logé dans le désir de l’Autre. Mais c’est aussi ce reste, cet excès de jouissance dont il a à répondre.

 

Ce qui détermine le rapport du sujet à la langue

C’est la fonction maternelle qui implique son enfant dans un désir qui n’est pas anonyme. La nomination que l’enfant reçoit en retour doit trouver à se capitonner par l’opération de la métaphore. Le Nom-du-Père vient assumer des effets de sens et stabiliser l’effet phallique. La fonction de la mère est établie « en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fût-il par la voie de ses propres manques [17] ». La mère s’intéresse à son enfant à partir de ce qui lui manque à elle ; ce dernier vient donc occuper la place de l’objet susceptible ou non de la satisfaire, en se substituant ou en saturant son manque à elle. Mais comment l’enfant se situe-t-il par rapport à la « voie de ses propres manques [18] » ? Comment s’inscrit-il dans le manque de la mère ? La marque d’un intérêt particularisé de la mère pour l’enfant n’est pas tant celle de l’amour, que celle de la place que cet enfant vient occuper en tant qu’objet dans son fantasme – et c’est cela dont l’enfant portera la marque.

La fonction du père, nous dit Lacan, s’établit « en tant que son nom est le vecteur d’une incarnation de la loi dans le désir [19] », il n’est plus question de métaphore seule, mais de présence humaine et d’incarnation d’une loi dans un désir qui, sans cette incarnation, lui resterait extérieure. Tel est le paradoxe du cheval de Hans : quand bien même ce cheval incarne quelque chose, il reste à l’extérieur du désir. Ce cheval, qui sert de signifiant à tout faire, n’est pas un signifiant qui parle, qui oriente la jouissance et s’articule à un autre signifiant énigmatique en créant un intervalle d’où pourrait surgir l’objet qui cause le désir. On ne sait rien du désir du cheval, ni d’ailleurs de son symptôme, c’est-à-dire de la façon dont il s’arrange de la jouissance. Cette incarnation, Lacan va nous montrer en quoi elle passe par le symptôme du père ou par sa père-version. L’Autre de la langue prend en charge la nomination de la jouissance. Le cheval du petit Hans est l’équivalent d’une petite métaphore délirante, c’est ce qui l’amène vers une nomination possible. Cette nomination est en même temps une entreprise de traduction, de ce qui arrive et de ce qui excède la signification.

 

Que devient alors l’autorité authentique ?

Si l’Autre de la langue a à se nouer à la traduction de la jouissance du corps, on saisit alors que l’autorité dite authentique est affaire de présence et dépend de la façon dont la langue a été offerte au sujet ; comment, dans son lien à la famille, la jouissance, le savoir et l’objet a, lui ont été présentés ?

À cette présence responsable de l’Autre, celle d’y être impliquée au titre de son propre désir, s’ajoute la part d’invention, de « subversion créatrice » inhérente à chaque être humain, du simple fait de la place de la langue, formulée ainsi par Lacan : « Je ne dis pas que le verbe soit créateur. Je dis tout autre chose parce que ma pratique le comporte : je dis que verbe est inconscient soit malentendu » [20].

On ne peut, ainsi, aborder l’autorité sans tenir compte de la façon dont la langue apporte à l’humain ce qui le spécifie, soit la pulsion de mort, comme nouage du vivant sexué à la langue qui lui préexiste, et dans laquelle il lui faut s’inscrire.

 

La création subversive d’une figure de rhétorique

L’enfant au Fort-Da, confronté au trou réel que creusent les allées et venues de sa mère au bord de son lit, invente un jeu dans lequel Lacan déchiffre une « figure de rhétorique » [21] qui signe combien ce qui fait autorité pour le sujet est l’entrée dans le langage au titre d’une paire signifiante. Subversion du sujet qui lui permet, au lieu de s’évanouir dans le trou réel du vide apparu, de s’appareiller du langage, à condition que cette autorité se fonde, sur une castration comme cessation de jouissance authentifiée. Si l’homme pense avec son objet, cela ne peut s’établir sans le secours d’un discours établi, où soit prise en compte la place de l’objet indicible qu’il est lui-même. La répétition signifiante montre aussi, comment le sujet appareille sa jouissance du langage qui, tout à la fois, recueille et révèle la façon dont le sujet se débrouille avec la pulsion de mort. Cet exemple magistral met en lumière l’importance du pouvoir de « résonance de la parole » [22], de cet appel à l’Autre de la langue, de cette invocation de l’Autre toujours déjà là, appel véhiculant ce quelque chose sur lequel se fonde l’incarnation de l’autorité, à condition que le sujet rencontre un Autre qui sache en accuser réception.

 

La reprise dans la langue de l’Autre

C’est à partir de l’histoire d’un autre petit enfant, Michel, qui ne sait ni lire ni écrire, et qui, venant de faire tomber son soldat de plomb, s’écrie de joie « reusement ! » [23] en voyant qu’il ne s’est pas cassé, que nous allons encore avancer dans la question de savoir ce qui fait autorité pour un sujet. Auprès de Michel, quelqu’un de plus averti et de moins ignorant que l’enfant qu’il était, s’autorisant de ce qui fait autorité dans la langue, lui fit observer que : « C’est heureusement » qu’il faut dire si l’on veut parler comme tout le monde. « L’observation coupa court à ma joie ou plutôt – me laissant un bref instant interloqué – eut tôt fait de remplacer la joie, par un sentiment curieux dont c’est à peine si je parviens à percer l’étrangeté [24] ». Bel exemple de ce que peut être la castration qu’impose l’articulation du langage : hors-sens porté par le mot tout seul, mot qui, de s’articuler à un autre, se trouve dépossédé d’une part de cette valeur de jouissance.

Michel Leiris croyait qu’on disait reusement lorsqu’on était content « mot employé par moi jusqu’alors sans nulle conscience de son sens réel, comme interjection pure [25]. Après l’intervention de l’Autre qui illustre de belle façon comment le langage pour tout sujet, fait autorité, l’enfant reste interloqué : pour lui, reusement est bien plus expressif qu’heureusement ; reusement est une jaculation pure, immédiate, où se loge sa joie, sa jubilation, sa jouissance. Dans la résonance de cette parole se trouve le sens joui, un mot de sa lalangue qui tient l’enfant et auquel il tient. Ce versant de la langue, où lalangue, qui est encore une chose à soi, hante de ses résonances la langue propre à chacun. Lacan démontre que c’est sur cette lalangue que le psychanalyste s’assure de l’autorité de son interprétation, lieu de l’entendu hors-sens où gîte la jouissance du sujet. Il fait ainsi apercevoir la fonction du langage qui n’est pas que de communication mais surtout de jouissance : l’inconscient est fait de lalangue.

 

L’autorité de la langue dite du sens commun

Cet exemple, offert par la littérature, illustre ce qui de la langue dite du sens commun vient faire autorité dans lalangue d’un sujet. Insistons sur la logique des trois temps dégagés par Leiris et qui constituent le cœur des livres rassemblés sous l’intitulé La Règle du jeu [26] : d’abord « joie interjection pure […] chose à moi, nulle conscience de son sens réel » [27], « vague vocable […] exclamation confuse qui s’échappe de mes viscères [28]», lieu de l’autorité de jouissance de lalangue. Ensuite « L’on m’a repris […] L’observation coupa court à ma joie, me laissant un bref instant interloqué […] Et, un instant, je demeure interdit, en proie à une sorte de vertige [29] », rencontre avec ce sur quoi se fonde la langue et qui fonde l’autorité du sens commun. Enfin, « Chose partagée, ou socialisée […] allure de découverte, promu au rôle de chaînon de tout un cycle sémantique, il participe de cette réalité qu’est le langage de mes frères, de ma sœur, et celui de mes parents, un des éléments constituants du langage [30] », lieu du consentement à cette « règle du jeu » qui fonde toute autorité authentique de l’Autre.

Ces trois temps sont la démonstration de comment, pour tout sujet, l’inscription dans la langue dite du sens commun l’oriente : « Voilà une illumination […] un déchirement de voile, un éclatement de vérité », qui fait découvrir qu’il y a un sens réel du mot, une face qui n’est pas que de jouissance seule, mais qui trouve aussi son sens dans la langue de l’Autre et qu’il faut dire comme tout le monde pour atteindre ce qui fait autorité, soit la langue dite du sens commun.

Bien sûr, on entend bien ici comment il faut consentir à céder une certaine joie, d’évocation et d’invocation, voire de provocation, pour dire et écrire comme tout le monde. Le mot se trouve alors inséré « dans toute une séquence de significations précises, et ce qui était une chose à moi, se trouve socialisé. » Insertion déjà intuitivement perçue dans l’entendu d’avant le sens : « Et voilà, qui m’a fait sentir en quoi le langage articulé, tissu arachnéen de mes rapports avec les autres, me dépasse, poussant de tous côtés ses antennes mystérieuses. »

 

Deux autorités, une tension

L’enfant use d’abord de lalangue pour faire jaillir dans le mot sa pure jouissance viscérale, et l’on saisit bien, dans cet exemple, comment se mettent en tension l’autorité de la jouissance langagière propre à chacun et l’autorité du dit sens commun. Cette tension s’entend dans la façon de parler de nombreux jeunes qui revendiquent leur langue non sans user de la provocation langagière, et en réclamant que leur position irrespectueuse soit accueillie avec le respect qu’ils n’ont pas reçu de l’Autre. 

Ce respect, Leiris en témoigne au travers de la position de l’adulte à ses côtés qui, lui-même respectueux de la langue commune, le reprend. Comment ce respect de la langue a-t-il évolué au point de ne plus faire autorité ? Comment la demande de respect des jeunes, dans leur propre irrespect de la langue, est devenue le nom moderne de ce qui fait symptôme dans le malaise contemporain ? En quoi la langue économique, capitaliste, consumériste est-elle devenue un boulevard de jouissance en elle-même, incitant à se défausser de la responsabilité de cette jouissance et de la façon de savoir y faire avec elle ? Ainsi la subversion créatrice de la langue hip-hop apparaît comme l’une des « réponses, afro-américaine, à cette consumérisation de la culture et à la jetabilité des individus. » [31] C’est l’origine du rap d’aujourd’hui.

Pour mettre en tension l’autorité de la jouissance langagière propre à chacun, et l’autorité du dit sens commun, encore faut-il que ce dit sens commun dessine autrement le commun, n’en fasse pas un territoire défait du lien social et simplement partagé entre ce dont on peut encore user et la vaste décharge de ce qui est au rebut.

Ce déplacement de l’autorité, au sein de la langue même, s’inscrit dans ce grand changement de nos sociétés où la culture ne cultive plus le même rapport à la langue. C’est là l’empreinte la plus profonde de tout le bouleversement dans lequel le consentement au tout de la consommation a précipité les sujets : le langage y devient univoque, privé de la marque de jouissance propre à chacun, et infirme de sa propre surdité. Les mouvements de révolte sont les visages de résistance que les jeunes portent du côté de la langue de façon accrue, parce que, sans doute et de toujours, c’est là que ça se joue pour eux, à cette étape de la vie et, d’une certaine façon, ce faisant, ils convoquent cette surdité – fût-ce avec violence, la réveillent à la façon du bon-heurt de la rencontre, du reusement viscéral du petit Michel.

 

Autorité et puissance créatrice

En 1905, Dora, une jeune adolescente, apprend à Freud que « ce qui lui importe, fût-ce au-delà de la mort de son père, c’est ce qu’il produit de savoir. Un savoir, pas n’importe lequel – un savoir sur la vérité » [32], dit Lacan, vérité dite ici de la castration. Freud l’aide à obtenir ce savoir sur la vérité, au titre de l’autorité du sujet supposé savoir. Elle apprend à Freud que le père se fait, lui-même, d’appréciation symbolique. Le considérer comme déficient par rapport à une fonction à laquelle il n’est pas occupé, ne fait qu’élever son autorité comme « affectation symbolique » [33]. Le père n’est pas seulement ce qu’il est, c’est aussi « un titre comme ancien combattant – c’est ancien géniteur » [34]. Ce qui revient à impliquer dans le mot père : « quelque chose qui est toujours […] en fait de création », et à lui conférer un rôle pivot, sous « cet angle de la puissance de création. » En empruntant la voie ouverte par Dora, qui trouvait dans le dictionnaire un substitut du père dans le savoir concernant le sexe, les adolescents modernes trouvent un substitut au père dans le net, et autres gadgets immédiatement accessibles, qui subvertissent la puissance de création normalement dévolue au père et c’est de cette façon qu’ils font autorité subversive méconnaissant l’autorité qui viendrait de la parole de l’Autre. Ils sont là plutôt pris par l’usage des instruments de jouissance immédiate court-circuitant la médiation de l’Autre.

La dissolution des modèles familiaux et l’évolution du capitalisme aveugle ont toutes sortes de conséquences aujourd’hui. Paradoxalement, la fonction paternelle n’est plus seule à supporter l’autorité et son déclin paraît se généraliser. Le sujet cultive alors librement l’art et la manière de la dénoncer avec sa subversion créatrice au nom des nouveaux droits que sont le droit à la jouissance ou le droit à consommer les objets venant leurrer son manque.

 

La gourmandise du surmoi

Cette chose, vraie source du malaise dans notre civilisation, qui en réclame toujours encore plus au sujet, Lacan l’avait appelé gourmandise du surmoi [35]. Là où le sujet ne consent plus à se faire gourmander par l’Autre de la loi, s’impose cette terrible gourmandise qui le précipite vers une jouissance sans frein, qui le consume, et qui, par un véritable tour de passe-passe, devient pour lui ce qui fait autorité, son droit à jouir.

Cette gourmandise est devenue ce qui, pour certains, organise leur univers clos, un univers où le père n’apparaît plus en position de modèle, sachant démontrer comment il a su se débrouiller dans sa vie de sa propre gourmandise. L’autorité familiale ne constitue plus une barrière sur laquelle s’appuyer, le père n’est plus l’exception organisant une perspective dans laquelle les enfants pourraient apercevoir une issue, un point d’où ils se verraient aimables voir dignes d’être aimés, ou respectés. Ce point d’où n’étant qu’un nouage de l’imaginaire au symbolique, ne réglant cependant pas le réel du point d’impact du signifiant sur le corps. Le fameux point d’exception n’est plus à la même place, pour situer ce sur quoi se fonde l’autorité authentique, c’est-à-dire le sentiment du respect de l’Autre, de sa parole et de sa présence.

 

Face à un père ne faisant plus exception le sujet désapprend à parler

Ce père qui n’incarne plus ce point d’exception, les enfants verraient, au-delà de lui, une issue. C’est celui que Kafka dénonçait, dans sa fameuse Lettre au père, que jamais il ne remit à son destinataire. Il désespérait du type de père dont il avait hérité : « Lui qui faisait si prodigieusement autorité à mes yeux, n’observait pas lui-même les commandements qu’il dictait à son fils » [36]. Cet impossible d’un rapport serein à son père, qui se plaignait aussi de sa vie en public et se lamentait sur lui-même, eut pour conséquence que le fils « désapprit à parler » [37], et « eut pour dangereux effet secondaire » de l’habituer « à ne pas prendre très au sérieux des choses précisément qu’il aurait eu à prendre au sérieux » [38]. On saisit bien là le point d’impact des mots du père sur son fils, sur le corps du fils, qui ne peut plus articuler ses mots dans la langue articulée à l’Autre.

Ce manque de sérieux qui échut à Kafka de façon si singulière n’est certes pas identique à celui qu’on prête bien souvent à la jeunesse d’aujourd’hui. Freud, dans son texte « Le roman familial du névrosé » [39], avait mis à jour le paradoxe que rencontre le sujet dans sa croissance : « il se détache de l’autorité des parents, c’est un des effets les plus nécessaires mais aussi les plus douloureux du développement ».

L’inventeur du graffiti, Futura 2000 [40], illustre de façon moderne cet effet douloureux. Au moment où l’autorité paternelle lui fit défaut, venant d’apprendre qu’il avait été adopté par ses parents, il découvrit une portée subversive dans l’invention écrite de son nouveau nom. Ce genre d’écriture lui permit de se soutenir de son nouvel alter ego, en se créant une nouvelle identité : « Le graffiti m’est apparu comme le meilleur moyen de lancer ma nouvelle identité. » Ce nouveau nom, Futura 2000, écrit sur la rame de métro, deviendra son point de père-spective, d’où il sera, dès lors, vu par le plus grand nombre possible.

 

Qu’est-ce que l’autorité dans son lien à la responsabilité ?

Pour Lacan, comme pour Hannah Arendt dans ses textes « Crise de l’éducation » et « Qu’est-ce que l’autorité ? » [41], l’autorité est abordée sous l’angle de la responsabilité. N’est-ce pas ce qu’éclaire Mathieu lorsqu’il nous explique au cours d’une conversation menée au collège de Tivoli, dans le cadre du laboratoire le Pari de la conversation, la distinction qu’il fait entre autorité authentique et autorité autoritaire. Par un bon mot, il déplace la tension qui régnait dans sa classe, en empêchant les professeurs d’exercer leur autorité : « À l’école, on ferait mieux de faire du physique au lieu de la physique [42] ». Ce mot d’esprit permit à chacun de saisir que ce n’est pas tant l’insuffisance d’autorité des professeurs qui était en question mais le fait de savoir comment se situer face à la différence sexuelle. À sa façon, Mathieu rappelle que toute autorité se fonde sur le scandale de la découverte résumée par Lacan en une seule formule : il n’y pas de rapport sexuel.

Qui ne voit que ce qui soutenait l’autorité reposait sur un ordre social ne souffrant pas que soit contestée une hiérarchie entre les sexes. Sitôt « cette précellence de l’un sur l’autre naufragée », la difficulté croissante est de convaincre « les deux camps qui mourront séparés » qu’il peut être plus plaisant de vivre encore ensemble. « On nous dit, que le torchon révolutionnaire de la psychanalyse, allait s’émousser ; la révolution, oui, ça commence à ne plus être tout à fait là que se posent les problèmes. Je peux vous assurer d’une chose, c’est que, quoi qu’il arrive du ferment révolutionnaire de la psychanalyse, ce qu’il y a d’atroce dans les relations entre l’homme et la femme n’en sera pas pour autant atténué. » [43]

 

La singularité créatrice de chacun et l’autorité authentique

Einstein lui-même, dans ses Généralités sur l’école [44], témoignait de la souffrance qu’il endura jusqu’à l’âge de quinze ans, dans son lycée Luitpole Gymnasium, face à des professeurs autoritaires. Prônant le « par cœur » et une discipline de fer, ils étaient sourds à la singularité créatrice de chaque élève. C’est à partir de sa découverte, en Suisse, au lycée d’Aaran, d’une école différente où régnait « la sollicitude sincère de ses enseignants qui ne s’appuyaient jamais sur une autorité extérieure [45] », qu’il trouva à loger la subversion créatrice qui l’animait depuis sa tendre enfance. Il en hérita un goût prononcé pour la vie de l’esprit.

Avec Lacan, et en suivant Hannah Arendt, nous pourrions dire que les parents ne sont plus en position d’être responsables du monde qu’ils offrent à l’enfant. Ils ne sont plus, pour lui, le sujet supposé savoir, comme l’indiquait Hans, mais aussi Dora, à Freud. Aucun dictionnaire, ne viendra jamais faire autorité sur la jouissance du parlêtre. Seule la façon dont s’élaborera pour lui, dans la langue, sa rencontre avec la castration, lui permettra de situer de la bonne façon, la question de l’autorité.

L’autorité authentique, attentive à ce qui fait le désir du sujet, ne peut s’appuyer sur un pouvoir extérieur et impersonnel. Elle est affaire de présence et de savoir-y-faire. C’est tout simplement en disant à l’enfant des choses qui font interprétation pour lui, et qui lui donne le sentiment que celui qui lui parle en connaît un rayon et qu’il le démontre, que l’enfant revêtira l’adulte des habits de l’autorité et du respect.

Aujourd’hui, cette transmission est de plus en plus laissée en plan. Mais, comme le disait Lacan dès 1938, les enfants iront, grâce à leur goût pour la subversion créatrice, chercher ailleurs ces perspectives et c’est la responsabilité éthique du discours de la psychanalyse. C’est de cet ailleurs qu’ils cherchent à inventer, dans la quête d’un lieu et d’une formule [46], qu’une solution surgira. Encore faut-il qu’ils puissent avoir la chance d’une rencontre, celle d’un Autre qui sache dire que oui à leur trouvaille, en accusant réception de leur énonciation ou en authentifiant « l’élément de nouveauté qu’ils portent en eux » [47], seul capable de faire autorité face au réel.

 

Philippe Lacadée

 

 

 

[1] Lacan J., « Les complexes familiaux », Autres écrits, Paris, Seuil, 2002, p. 47.

[2] Ibid., p. 24.

[3] Ibid., p. 25.

[4] Ibid., p. 27.

[5] Ibid., p. 60.

[6] Ibid., p. 59.

[7] Ibid., p. 60.

[8] Ibid.

[9] Lacan J., « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 666.

[10] Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1978, p. 82.

[11] Ibid., p. 88.

[12] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, op. cit., p. 373.

[13] Ibid.

[14] Lacan J., Le Séminaire, livre xvi, D’un Autre à l’autre, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 332.

[15] Ibid.

[16] Lacan, J., Le Séminaire, livre xvii, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p. 108.

[17] Lacan, J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, op. cit., p. 373.

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20] Lacan J., « Le malentendu », 1980, Ornicar ?, n° 22-23, Paris, Lyre, 1981, p. 11-14.

[21] Lacan J., « Conférence aux Américains », Columbia University, 1 décembre 1975, Scilicet 6/7, Paris, Seuil, 1976, p. 47.

[22] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 291.

[23] Leiris M., « Biffures », La Règle du jeu, tome 1, Gallimard, 1999, p. 11, repris dans Lacadée Ph., Le Malentendu de l’enfant, Éditions Michèle, 2010.

[24] Ibid., p. 11.

[25] Ibid., p. 12.

[26] La Règle du jeu rassemble les quatre livres Biffures, Fourbis, Fibrilles et Frêle bruit.

[27] Leiris M., « Biffures », La Règle du jeu, tome 1, op. cit., p. 12.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30] Ibid.

[31] Greg T., « Quinze bonnes raison de croire en l’avenir du hip-hop », Art Press, Territoires du hip-hop, décembre 2000, hors-série, p. 94.

[32] Lacan J., Le Séminaire, livre xvii, L’Envers de la psychanalyse, Paris, Seuil,1991, p. 111.

[33] Ibid., p. 108.

[34] Ibid.

[35] Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 530.

[36] Kafka F., Lettre au père, Paris, Éd. Ombres, 1994, p. 24.

[37] Ibid., p. 27.

[38] Ibid., p. 33.

[39] Freud S., « Le roman familial du névrosé », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF,1973, p. 157.

[40] Fernando jr. S.H., The new beats : culture, musique et attitudes du Hip-Hop, Nîmes, Éd. Kargo, 2000, p. 372.

[41] Arendt H., Crise de la culture, Paris, Éditions Folio Gallimard, 1972.

[42] Lacadée Ph., Conversation d’une classe de quatrième, Le Malentendu de l’enfant, op. cit.

[43] Lacan J., cité par Leguil Fr., « L’heur de l’autorité », Élucidations, n°3, p. 18-21

[44] Einstein A., « Généralités sur l’école Science, Éthique, Philosophie », Œuvres choisies, tome 5, Paris, Seuil, 1991, p. 205-207

[45] Ibid., p. 206.

[46] [1] Rimbaud A., « Vagabonds », in Œuvre-vie, Édition du Centenaire établie par Alain Borer, Paris, Arléa, 1991, p. 349. Repris dans Lacadée Ph. Le Dit poétique d’un ange en exil. Rimbaud avec Lacan, La lettre volée, 2025.

[47] Arendt H., « Crise de l’éducation », in Crise de l’autorité, op. cit.




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